Les réseaux sociaux, futurs moteurs de recherche en ligne sans mots-clés

Par 21 octobre 2014E-marketing
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Et si l’ère des moteurs de recherche telle que nous la connaissons touchait bientôt à sa fin ? Si une telle affirmation peut sembler exagérée, elle ne manque pourtant pas de pertinence : nous assistons en effet depuis quelques années au recul des moteurs de recherche. Cette érosion profite surtout aux réseaux sociaux et traduit l’émergence de nouveaux comportements de recherche.

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Le recul incontestable des moteurs de recherche

Alors que Google n’a jamais montré une telle omniprésence, au coeur de la vie quotidienne de dizaines de millions d’internautes en France, imperturbable malgré polémiques et procès, il peut sembler paradoxal de parler de la fin du règne des moteurs de recherche. Les chiffres pourtant interpellent. Selon Médiamétrie, la part des moteurs de recherche dans le trafic d’un site ne cesse en effet décroître en France : si en moyenne en juillet 2012 plus de 50% des accès à un site passent par ceux-ci, ils ne représentent plus que 29% de leur trafic en mai 2014.

La proportion des accès directs, qui comptabilisent les internautes accédant au site via son URL ou les gestionnaires de favoris des navigateurs, est demeurée quant à elle stable, n’affichant qu’une perte d’influence de 8% seulement en deux ans. La décroissance des moteurs de recherche a surtout profité aux accès générés depuis des sites référents : toujours selon Médiamétrie, ils ont grimpé de 12% à 40% sur la même période.

Ces données statistiques démontrent clairement un glissement des centres de gravité : de plus en plus souvent, les internautes s’affranchissent des moteurs de recherche pour accéder aux contenus qui les intéressent.recherche ligne

Des enjeux majeurs à relever pour les moteurs de recherche

Avant 1998 et l’apparition de Google, de nombreux moteurs de recherche se disputaient âprement le marché de l’accès à l’information sur Internet, en concurrence directe avec les annuaires en ligne. Google s’est rapidement imposé : son interface intuitive et la pertinence de ses résultats, à des “octets-lumière” de ceux ses concurrents, lui ont permis de se tailler la part du lion en quelques années seulement. La start-up créée par deux étudiants de Stanford détient maintenant près de 95 % de parts de marché en France.

Mais le géant du web fait aujourd’hui face à de nouveaux enjeux :

  1. Maintenir une pertinence optimale des résultats s’avère difficile face aux stratégies de fraude élaborées par de nombreux référenceurs : les techniques black hat facilitent le positionnement parmi les premiers résultats de contenus à la qualité douteuse. Nous sommes tous déjà tombés grâce à Google sur une page dont le texte ressemblait plus à un magma de mots inintelligible qu’à une prose de Proust.
  2. Hiérarchiser des contenus s’avère plus compliqué pour un moteur de recherche à l’ère de l’infobésité. Tant de pages sont publiées à chaque seconde qu’il devient difficile d’identifier celles qui s’inscrivent dans une temporalité courte et celles qui traitent un sujet en adoptant une approche de fond. Par ailleurs, la polysémie nuit parfois à la pertinence sur certaines requêtes : le mot bureau désigne par exemple autant un meuble qu’un local tertiaire.
  3. Trouver les mots justes pour nommer une tendance nouvelle ou un produit innovant relève aussi, quelquefois, de la gageure. Par exemple, la société Watt Impact est spécialisée dans la labellisation des sites Internet dont les serveurs recourent à de l’énergie verte : qui aurait l’idée d’effectuer une recherche sur un tel service, encore méconnu, et quels mots-clés utiliser ?
  4. Exposer les tendances n’est pas à l’ordre du jour sur les moteurs de recherche, même si la revue de presse dynamique proposée par Google Actualités offre une information synthétique de qualité. L’initiative est toujours laissée à l’internaute, qui parfois apprécierait d’être conseillé ou guidé vers des contenus susceptibles de l’intéresser.

Les solutions existent, comme la sélection d’une plage horaire via les outils de recherche ou des services dédiés du type Google Trends. Mais ces solutions ne s’intègrent pas naturellement dans l’expérience utilisateur. Faites un essai et demandez à vos proches s’ils savent comment rechercher un contenu récent sur Google : vous pourriez être surpris par les réponses qui vous seront données !

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De nouvelles alternatives pour la recherche en ligne

L’un des premiers réseaux sociaux a vu le jour en 2002 : Meetup.com a été créé à l’initiative de Scott Heiferman, qui pour l’anecdote a voulu “injecter de l’humain dans le web” suite à la lecture d’un roman dystopique, Bowling Alone. L’auteur, Robert Putnam, prophétisait la désagrégation des liens sociaux et communautaires détricotés par les nouvelles technologies de l’information.

Utilisés à l’origine pour développer nos réseaux personnels ou professionnels, échanger sur des thématiques qui nous intéressent, développer des projets en ligne, partager des points de vue, des états d’âme ou des idées, les réseaux sociaux se sont aussi imposés comme un formidable espace pour la création de contenu et un média à part entière pour la diffusion des informations. Les internautes se sont appropriés ce territoire et l’ont façonné en fonction de leurs besoins et désirs. En 2013, les deux tiers des internautes interrogés par l’IFOP reconnaissent passer plus de temps qu’en 2012 à partager des informations sur les médias sociaux.

Pour autant, diffuser de l’information par un canal ne signifie pas forcément qu’on utilise soi-même ledit canal pour y accéder : la recherche demeure le plus souvent passive sur les réseaux sociaux. Le socionaute se laisse porter par le flux des publications et ne maîtrise pas forcément le contenu qui lui est proposé. Les fonctionnalités de recherche, comme les hashtags de Twitter, restent souvent limitées et ne possèdent pas la précision d’un moteur de la qualité de Google.

Pourtant, certains réseaux sociaux misent tout sur leur capacité à structurer les flux d’information pour mieux les restituer. Les agrégateurs de contenus séduisent de nombreux internautes à la recherche d’outils de veille dans leurs domaines de prédilection : dans une interview donnée en février 2014, le co-fondateur de Scoop.it annonce ainsi une fréquentation de 7 millions de visiteurs uniques mensuels pour 900 000 membres inscrits.

Et de nouveaux acteurs réinventent la recherche en ligne en y intégrant une forte composante sociale, souhaitant concilier la puissance du big data avec la personnalisation des résultats en fonction de l’écosystème social des utilisateurs. Openoox.com, fondé par Denys Chalumeau et Julien Danjon, imposera certainement son concept : proposer en un même site une page d’accueil de navigateur accessible partout, un réseau social, un agrégateur de contenus, un gestionnaire dynamique de favoris et un moteur de recherche humain, reposant sur les goûts et recommandations en temps réel des contacts de l’utilisateur et de toute la communauté !

Vers un écosystème de la recherche en ligne plus complexe et dynamique ?

La situation actuelle ne prophétise pas, loin s’en faut, la disparition prochaine des moteurs de recherche. Tout laisse au contraire à penser que les moteurs continueront à occuper encore le devant de la scène pour des années encore, certainement sous des formes légèrement différentes de celles que nous leur connaissons aujourd’hui. La  recherche vocale s’est imposée sur les smartphones, la recherche universelle a multiplié les types de résultats (images, vidéos, actualités, etc…) et le Knowledge Graph affiche directement les réponses sur la page des résultats (tapez par exemple “filmographie Emma Watson” sur Google ou “Taille Nicolas Sarkozy”).

Les moteurs de recherche ne désarment pas, loin s’en faut ! Google améliore sans cesse son algorithme, autant pour contrer les référenceurs peu scrupuleux que pour améliorer l’expérience utilisateur : pour la seule année 2013, le géant aurait ainsi procédé à 890 changements et mises à jour.

Si la recherche par mots-clés sur des moteurs dédiés comme Google ne sera pas abandonnée, elle disputera aux réseaux sociaux la principale richesse dont dispose un internaute : son temps !

Les acteurs du web, entreprises mais aussi médias, blogueurs, institutions, associations, devront faire preuve d’une agilité accrue et intégrer les différents points de contact à leur disposition pour améliorer leur visibilité. Un contenu de qualité, créatif et original, un site pensé pour le plaisir de l’utilisateur final, optimisé pour le référencement et encourageant les partages sociaux et interactions, une présence pertinente sur les réseaux sociaux, avec une vocation profonde à engager une conversation avec les consommateurs, citoyens, sympathisants ou curieux, joueront un rôle central dans la réussite de tous les projets digitaux.

Cet article doit aussi vous pousser à vous interroger sur vos propres pratiques et celles de vos clients et prospects : utilisez-vous toujours autant les moteurs de recherche, ou confiez-vous de plus en plus votre navigation au bon soin des recommandations de vos contacts sur les réseaux sociaux ?

Au sujet de l’auteur: Benjamin Thiers

Benjamin Thiers, expert en marketing digital, a récemment publié un ouvrage destiné à accompagner les entreprises dans leur stratégie de communication en ligne, Digitalisez votre Marque (2014, Studyrama Pro). Responsable médias sociaux chez Jalis, il enseigne aussi la communication digitale au sein de Kedge Business School et chronique pour plusieurs médias.

Rédacteur invité

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3 commentaires

  • Quelques doutes sur le 29 % de trafic depuis les moteurs de recherche, ce n’est pas ce que je constate chez mes clients en tout cas. Je me demande si les visites en mode sécurisé (HTTPS) ne viennent pas troubler les résultats de estat mediametrie.

    Ceci dit, je veux bien croire que cette part a diminué. L’approche digitale et de visibilité sur le web doit être globale, inclure le référencement naturel mais aussi les réseaux sociaux, l’expérience utilisateur, le content marketing. D’ailleurs google l’a bien compris car il intègre justement toutes ces composantes dans son algorithme, il prend en compte les signaux sociaux, les critères d’usage, et même des critères comme la notoriété de la marque (trustrank). Tous ces leviers entrent dans ce qu’on appelle l’inbound marketing.

    Concernant les réseaux sociaux à proprement parlé, Google pousse de plus en plus des résultats personnalisés provenant de son propre réseau social, google + .

    Les interactions sont nombreuses entre les différents canaux amenant du trafic vers un site : Un visiteur venant une première fois depuis les moteurs de recherche, revient souvent en trafic direct ou depuis le réseau social de l’entreprise. Et inversement.

    Pour de la recherche active, c’est pas encore demain qu’on va se passer de google, mais une stratégie digitale doît être multiple car les différents canaux se renforcent les uns grâce aux autres.

  • Cyril dit :

    je souhaite lire cette étude Médiamétrie -si elle existe- car 29% seulement du trafic des sites internet provenant de Google… ce n’est pas du tout ce que je constate chez mes clients, même ceux qui jouent à fond les réseaux sociaux. Je voudrais bien que cela soit juste, mais je ne le pense pas.

  • le lien vers l’étude est au début de l’article